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"Aider les familles et amis de malades psychiques"
UNION NATIONALE DE FAMILLES ET AMIS DE PERSONNES MALADES ET/OU HANDICAPEES PSYCHIQUES
UNAFAM
- UNAFAM - Délégation Herault 34 - Languedoc Roussillon -
-Association reconnue d'utilité publique-
   
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QUELQUES ACTUALITES NATIONALES CONCERNANT LES MALADIES PSYCHIQUES

visibles sur les sites des délégations UNAFAM 02 - 11 - 16 - 17 - 19 - 21 - 23 - 30 - 34 - 39 - 41 - 48 - 58 - 66 - 71 - 80 - 84 - 87 - 89 - 972

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A propos de la nouvelle loi sur la psychiatrie... 29 avril 2011

Plusieurs articles toujours intéressants du Dr Baillon, Psychiatre des Hôpitaux, parus en avril dans www.mediapart.fr/
1 - Pourquoi l’UNAFAM, la FNAPSY, les professionnels ont-ils voulu cette loi inhumaine sur la psychiatrie ?In Mediapart par Docteur Guy Baillon Psychiatre des Hôpitaux 03 Avril 2011 Edition : Contes de la folie ordinaire
N’ont-ils pas tous été victimes d’une méprise dramatique, chacun à des titres différents ?
Nous devons absolument élucider pourquoi, si nous voulons nous préparer à l’avenir.
La loi est votée, l’aller et le retour entre les deux Chambres ne l’annuleront pas.
Alors osons d’abord brosser l’avenir immédiat qui n’a manifestement pas été ‘simulé’ par aucun des auteurs de la loi un instant. Nous verrons ensuite pourquoi ces trois ‘partenaires’ sont inconscients de ce qu’ils ont déclenché.
La loi est inapplicable pour des raisons concrètes et de fond.



SUITE DE L'INFORMATION

Certes chacun pense que l’intervention du juge demandée par le Conseil Constitutionnel va être appliquée. Déjà là il y a un double obstacle immédiat : d’une part cette mesure est ‘bancale’ ; pour être en accord avec la réalité des faits, elle devrait porter aussi sur la décision initiale de ‘privation de liberté’ et sur son arrêt ; ne statuer que sur le 15ème jour est totalement « surréaliste » ; dans le même temps nous savons tous la pénurie de juges, … on fera donc appel à des mesures substitutives, tentatives de ‘transfert de pouvoir au Préfet’ ? et commencera l’imbroglio des responsabilités ‘et du jeu de la chaise vide’. Qui va accepter cela ? : les procès se multiplieront, car les avocats vont comprendre qu’il y a matière à plaider.

D’autre part sur le fond, personne n’a encore mesuré l’ampleur de l’évolution amorcée : pourtant le rapport du contrôleur des libertés, JM Delarue est éclairant : la logique majeure qui va guider les actes de chacun sera encore « la logique de sécurité » dans l’hôpital, s’y ajoutera la logique de « la certitude que l’obligation de soins doit être respectée » ! Chacun sait qu’il n’y a là aucune certitude possible, même l’effet de la même injection intramusculaire d’un produit ‘reconnu’ comme adéquat ( ?) à … « à quoi ? », est variable. Alors, pour faire bien, va se construire une escalade sans fin des prescriptions médicamenteuses, où chaque acteur du soin en plus cherchera à se protéger (on ne sait ce que ces craintes vont produire). Les auteurs de cette loi savent-ils les faits très graves qui se sont produits lors des premières années des neuroleptiques en France (Poitiers entre autre), en Suisse (près de Genève) en raison des « abus » de médicaments (et des responsabilités partagées entre médecins et infirmiers, chacun y allant de son ‘surdosage’) ? Et lorsque l’on observera que les médicaments donnés en excès entrainent des troubles de plus en plus graves, les tribunaux vont montrer facilement que des excès ont été commis. Le Médiator  a ouvert une autre voie : avons-nous bien éclairé la société sur les dangers très bien précisés des nouveaux neuroleptiques aujourd’hui : ils produisent après quelques années des troubles graves : obésité vite, puis diabète, hypertension, et sont suivis de leurs conséquences irréversibles sur le cœur, la rétine, les artères. … Lorsque les médicaments sont bien encadrés par les soins psychothérapiques et institutionnels une prévention de ces troubles peut être réalisée. Mais lorsque l’obligation de soins va intervenir, elle va écarter toute psychothérapie et seul le médicament restera en lice, que va-t-il se passer lorsque familles patients, amis vont se révolter devant ces effets secondaires et les abus des médicaments ‘obligatoires’? On va entrer dans le cycle de la biologie pure imposé par les laboratoires : un symptôme = une molécule. La psychiatrie disparait pour laisser la place à un traitement vétérinaire.

Les dangers, démontrés par JM Delarue dans le seul cadre des hospitalisations sous contrainte de la précédente loi, vont augmenter de façon exponentielle. L’état d’esprit qui domine ces lois est le risque zéro. JM Delarue a montré qu’un tel état d’esprit infiltre tout et n’a pas de limite car il ne rencontre aucune certitude sur la diminution du risque.

Le calme, la sérénité, la confiance, la liberté, la créativité, qui sont les outils de base du soin psychique n’auront pas droit de cité. La logique du soin sera donc exclue.

Certes des voix s’élèveront à la lecture de ce propos, pour en sourire, et apporter des preuves que dans quelques situations on a arrêté l’escalade de la violence. Mais la violence d’un malade ne s’accroit que lorsque personne ne répond à la souffrance sous jacente, origine de cette violence. C’est donc avant qu’il faut se montrer disponible.

Reprenons les trois formes d’obligation prévues par la loi : 72 h, hospitalisation, domicile.

Pour les 72 h : dans quel espace cette ‘garde à vue’ va-t-elle être réalisée ?-aux urgences des hôpitaux généraux déjà surchargées et où l’on ne reste que quelques heures ? -dans les prisons habituées à la privation de liberté ? En effet les autres espaces de soin actuels n’offrent aucune garantie de sécurité suffisant. Il faudra donc ‘construire’ de nouveaux espaces à grand frais -selon quels critères ? -avec quels soignants ? Ils seront certainement ‘prélevés’ sur les équipes de secteur ce qui diminuera d’autant leur travail de prévention, dont le but est de diminuer les situations d’urgence, les demandes d’hospitalisation vont augmenter ; -l’entrée ‘en 72h’ sera faite à partir de quelle ‘demande’ ? -quelle formation auront les soignants ? celle du soin (laquelle ne cherche pas d’emblée à imposer diagnostic et traitement, mais d’abord à installer la confiance, la contradiction est pesante), ou l’habileté à ‘faire avouer au malade sa maladie’ ? cet aveu est déjà une attitude brutale pour les excès d’alcool, c’est une violence inacceptable et incompréhensible pour les malades qui ‘méconnaissent’ leurs troubles. Le point de contradiction maximal sera atteint pour les adolescents qui sont à l’époque de la survenue des troubles psychiques graves : leur passage ‘en garde à vue’ de 72 h qui devrait déboucher sur une proposition de soin après avoir rencontré une quinzaine de personnes différentes en 72h dans des liens ‘protocolisés’, sera l’occasion de ‘massacre’ d’ado, véritables assassinats d’âme de jeunes en quête d’identité à cette période si fragile de la vie. Des psychiatres d’adolescents ont-ils participé à l’élaboration de cette loi ? ???

Quant aux services d’hospitalisation où seront envoyés les patients qui auront ‘refusé’ un traitement, alors qu’ils méconnaissent seulement leur maladie, ils seront vite débordés, malgré les efforts des directeurs pour y faire venir un grand nombre de soignants, prélevés eux aussi sur les espaces de soin des villes où ils avaient une fonction de prévention essentielle, ce qui va encore augmenter le flux des patients ‘décompensés’. On va rouvrir des lits et multiplier les services ‘fermés’. Ce sera l’abandon définitif de la psychiatrie de secteur qui s’appuyait sur la reconversion des services hospitaliers en espaces de soins en ville consolidés par les liens avec l’environnement relationnel de chaque malade. Certes il y a le recours au domicile.

L’obligation de soin à domicile va transformer les parents en ‘surveillants de prison’ attentifs à une seule chose (on ne peut leur demander de soigner, sinon il y a longtemps qu’ils auraient guéri leurs enfants) vérifier qu’ils prennent bien leur traitement, laissant de côté leur rôle affectif essentiel. Ils seront vite secondés par les voisins se transformant en ‘délateurs’, préoccupés du calme du voisinage, donc de la certitude que les traitements sont bien pris. Qui peut avoir cette certitude ‘qu’un traitement est bien pris (c’est déjà actuellement une source de débats entre soignants et familles) ? Très vite, comme cela se fait déjà chez certains journalistes, on confondra les cicatrices des troubles psychiques graves avec la survenue de ces troubles. De plus on les confondra (parce que les voisins ne sont pas soignants) avec les effets secondaires néfastes des neuroleptiques qui sont réels et fréquents. La moindre ‘bizarrerie’ fera l’objet d’un signalement, et provoquera une nouvelle hospitalisation. Les sorties d’essai n’en finiront jamais. Ce sera souvent l’installation progressive de l’asile à domicile et la chronicisation de tout l’entourage !

Le critère majeur sera la recherche du « bon traitement chimique » (les autres traitements étant éliminés car non évaluables), mais qui peut assurer connaitre le ‘bon traitement’ pour telle personne à tel moment de sa maladie, et rester attentif à l’évolution à long terme ?

Mais voyons il y a un joker ! dira l’UNAFAM qui a beaucoup misé sur lui : ce sont « Les équipes de soin mobiles » associées ou non au SAMU. Bien sûr leurs soignants sont des acteurs de valeur, mais travaillant sans les atouts de l’équipe de secteur, sans la connaissance continue du patient, sans l’appui de l’environnement puisque leur action est punctiforme, et qu’ils travaillent sur une population de 300 à 600.000 habitants. Leur intervention vient fracturer la continuité des soins qui est l’outil essentiel façonné par la politique de secteur. De ce fait cette intervention s’ouvre presque systématiquement sur des hospitalisations qui seront souvent sous contrainte. Plus ces équipes vont se multiplier, plus elles vont réduire les équipes de secteur, et dévaloriser celles qui resteront.

Le résultat global de cette loi sera : à la fois le dépérissement des équipes de secteur et le renforcement progressif et définitif des monstres hospitaliers : remise en scène des asiles !

 L’UNAFAM, la FNAPSY, les syndicats des professionnels de la psychiatrie savent cela. Lorsque l’on interroge sur le terrain familles, usagers et soignants on trouve un décalage évident entre les responsables et la base. Cette base est contre la loi, car elle connait très bien ce que nous venons de décrire. Elle sait que l’état d’esprit du soin a besoin pour se développer d’une ‘ambiance’ toute autre, dont les outils de base sont la confiance et le ‘temps’ suffisant.

Certains diront d’écarter les syndicats, ils se sont élevés contre. Mais c’est récent. Pendant plus de deux ans ils l’ont soutenue. Cela a commencé par leur soutien au rapport Couty terminé avant l’intervention stigmatisante du Président le 2 décembre 2008. Ce rapport préparait la fin de la politique de secteur et la révision de la loi de 1990, sans dire un seul mot de ce qu’a mis à nu le rapport de JM Delarue : les effets anti thérapeutiques de l’application de la loi de 1990 : la logique de la sécurité écrasant le soin dans toute institution fermée.

La preuve de cette acceptation de la loi par les ‘pro’ : le nombre de 400 manifestants venus devant l’Assemblée Nationale le jour du vote de la loi en mars. Si les soignants ne sont pas venus participer à l’expression démocratique dans la rue sur cette question particulière, si peu connue des élus, c’est bien qu’ils l’acceptent.

 

Je vais me permettre de vous proposer trois essais dans les jours qui viennent pour essayer de comprendre pourquoi chacun de ces trois acteurs a soutenu la loi.

2-L’UNAFAM.                      3- La FNAPSY.                     4- Les syndicats.

 Alors pourquoi ces trois acteurs ont-ils soutenu cette loi ? Parce qu’ils ont eu peur !

Certes, mais il y a d’autres raisons, pour chacun différentes.

 Ce sont des pistes modestes pour réfléchir, démarche essentielle si nous voulons retrouver nos esprits, retrouver notre capacité de nous parler entre nous et avec chacun des acteurs pour arriver à soigner, et si nous voulons préparer un avenir meilleur.

 

2- La souffrance des familles en psychiatrie, sa violence.

06 Avril 2011 Edition : Contes de la folie ordinaire Docteur Guy Baillon Psychiatre des Hôpitaux

Familles c’est cette souffrance qui vous a aveuglées, au point de ne pas comprendre ce que vous faisiez en soutenant une loi qui va à l’encontre de ce que vous cherchez ? Mais au regard de vos souffrances qui pourrait vous leur reprocher ?

Vous êtes blessées dans votre chair, au travers de vos espoirs les plus anciens, datant de votre enfance et du moment où vous avez eu envie de fonder une famille. Vous vous sentez vous-mêmes coupables depuis le premier jour de la maladie de votre enfant, de votre conjoint. Ensuite vous avez senti le poids du regard accusateur de ceux qui vous entourent, même des plus proches.

En effet, un jour tout s’est effondré pour vous, car quoique j’en dise sur les richesses et la qualité de la folie en général, la folie de l’un des nôtres reste une blessure inacceptable. Elle va plus loin que toute maladie physique, car à ce moment précis de l’annonce de la maladie psychique une voix au fond de nous nous relie à l’histoire des hommes à l’histoire de l’humanité, elle nous dit que cette maladie vient installer une faille dans cette histoire, dans ces histoires, et que vous avez rompu délibérément avec cet engagement collectif.

Pourtant contrairement à ce que vous ressentez, je vous l’assure, vous n’y êtes pour rien. Personne ne peut créer chez quelqu’un une maladie psychique. Certes nous pouvons tous volontairement ou involontairement faire souffrir quelqu’un, nous en connaissons tous, les recettes, les ficelles, nous continuons à les apprendre tout au long de notre vie. Mais ces souffrances ne créent pas de maladies. La maladie psychique ne peut se commander, elle survient d’elle-même sous l’effet de facteurs multiples, certes la vie psychique y joue un rôle.

Si un bébé est privé de sa mère pendant les deux premières années de sa vie, s’il en est gravement carencé, son fonctionnement psychique sera toujours incomplet, et il aura divers troubles dont certains irréparables, certains seront des expressions de troubles psychiques graves. Alors la mère joue un rôle ? Oui un rôle essentiel, et le père, en son absence le psychisme du bébé ne peut se construire, elle en est la nourriture de base.

De même lors de tout processus thérapeutique, les liens humains, la nourriture affective en quelque sorte, sont indispensables pour permettre la construction psychique qui va colmater les blessures psychiques antérieures. Mais ce n’est pas elle qui crée des maladies.

Ceci étant la souffrance des familles est insupportable.

L’annonce du trouble par un psychiatre n’est pas toujours faite avec brutalité. Par contre la recevoir, quelle qu’en soit la forme, est une douleur d’une violence extrême. Et le pire est qu’on ne s’y accoutume pas. La souffrance après l’annonce va s’installer, s’épaissir, alourdir tous les moments de la vie, venant barrer tous les projets, entravant peu à peu la vie de toute la famille, changer les destins, orientant tout, autrement, malmenant toujours la fratrie, muette.

Le regard des autres s’en mêle. Le cercle des amis se rétrécit, parfois se ferme totalement, la famille devient un bunker.

Pourtant il parait évident que cette révélation si pénible va s’ouvrir sur d’autres destins que les professionnels ont le devoir d’expliquer, comme lorsque l’un des nôtres est invalidé (blessure grave, trauma et séquelle de maladie grave). Hélas il n’en est rien ! Omerta des pro !

Dans les meilleurs des cas, rarement, une porte s’ouvre, un dialogue s’instaure ; grâce à lui la famille se construit un chemin nouveau ; cela n’évite pas la succession des blessures sociales que la société prépare pour éviter la rencontre avec la folie et ses séquelles ; un autre savoir sur le monde habite notre enfant, il faut s’y familiariser, et nous n’avons aucun repère, il faut tout apprendre, tout inventer, dans de nouveaux rapports.

En fait le plus souvent, pour un oui ou pour un non, et parfois très vite, tout se brouille parce que nous sommes seuls pour affronter cette nouvelle forme de vie, les soignants sont gentils mais comme insensibles à notre douleur, indifférents ; la famille commence à croire qu’il est inadmissible de souffrir et n’en parle à personne. Il y a pire, et c’est peut-être le plus fréquent, un mur se dresse construit par les soignants « pour protéger le psychiatre de tout contact ». (vous avez bien lu). Quand on écoute le récit des familles sur ce mur on croit rêver : on apprend que le psychiatre refuse de rencontrer la famille, en laissant entendre, ou en affirmant que c’est néfaste pour le traitement de l’enfant. Parler aux parents c’est risquer d’abimer la réflexion toute puissante du psychiatre qu’il ne faut donc déranger sous aucun prétexte de son temple de la science, et de son piédestal. Une seule chose est importante c’est mener à bien le traitement de l’enfant. Le reste, la famille c’est secondaire ! Alors la culpabilité à nouveau s’installe, dévalorise. La famille ne sait plus quoi faire, et pire encore, les soignants devant cette hésitation taxent les parents de rejetant (malentendu ? c’est pourtant au soignant de travailler les continuelles méprises survenant dans ces échanges, pas aux familles).

Souffrance insupportable, mais aussi parcours kafkaïen : lorsque des décisions (je n’évoque pas la bêtise du discours sur la non-demande des patients ! aboutissant à des non-soins, si souvent dénoncée) sont prises dans le processus thérapeutique, il est rare que les parents soient prévenus ; leur avis n’est jamais demandé, même si la vie du patient s’organise chez eux ! Ils sont constamment traités dans l’indifférence, comme le personnel secondaire dans une administration, ou au château. A écouter de près ce que pensent les soignants, on y perd la tête. En effet le credo des soignants est contradictoire : d’une part à leurs yeux être en bonne santé c’est affirmer que l’on est capable de diriger sa vie tout seul. De ce fait les soignants veulent installer l’autonomie et, s’il le faut, couper eux-mêmes les liens de la personne avec sa famille ! Sans comprendre que seuls les intéressés, comme dans toute famille, sont à même de savoir comment procéder à cette démarche d’individuation-séparation qui annonce l’autonomie pour chaque enfant ; -et d’autre part leur outil de soin est le « collectif », le groupe et sa capacité à dénouer l’écheveau de la complexité relationnelle, et ils savent en faire un excellent outil de travail ; pourtant ils ignorent le collectif que constitue toute famille, et ne veulent pas travailler avec elle, alors qu’ils ont une expérience remarquable de ce travail de groupe ! Ils s’enferrent dans cette contradiction.

De cela comme de tous les outils thérapeutiques rien n’est expliqué aux parents (ni la psychothérapie, ni les médicaments, ni les liens relationnels institutionnels). De même personne ne s’intéresse à la compétence des parents qui au fil des années savent les détails qui angoissent leur proche, le font décompenser ou le rassurent. Au contraire les soignants se conduisent comme s’ils étaient certains que c’est le conflit familial qui produit la folie. De plus ils se complaisent à montrer aux parents qu’ils risquent de faire échouer le pacte de loyauté noué avec le patient, car voir sa famille c’est voir « l’ennemi », de plus c’est les obliger à prendre parti pour l’un ou pour l’autre. Pourtant chacun sait que vivre ensemble n’est pas fondé sur un contrat de séparation, mais au contraire sur une promesse d’échanges et de partage.

J’ai désigné le malade comme l’enfant de cette famille en fait c’est un adulte.

Tout ceci ne reflète pas du tout la pratique des équipes de pédopsychiatrie pour lesquelles le travail avec la famille est indispensable de bout en bout ; la famille est constamment l’interlocuteur privilégié. Pourquoi cette différence entre ces deux équipes ? C’est, me disait récemment le Professeur Roger Misès, parce que les équipes pédopsychiatriques sont toujours mobilisées par la croissance de l’enfant qui fait tout bouger, de ce fait elles espèrent toujours, alors que les autres n’espèrent plus. Si c’est vrai c’est dramatique ! Pour les adultes. Ce constat m’a fait dire que les professionnels ne devraient jamais avoir une seule pratique enfant ‘ou’ adulte, car la psychiatrie de l’enfant est un enseignement constant, et un espace de découvertes incessantes, tant neurophysiologiques que psychodynamiques, obligeant à intégrer ces différentes approches et à comprendre qu’elles sont convergentes. Ne pas soigner d’enfants « appauvrit l’esprit du psychiatre d’adulte ».

Quelles réponses donner aux parents ?

Vais-je persister dans ma proposition belliqueuse exprimée ici la semaine dernière : « « Si les parents voient que le psychiatre refuse de les recevoir depuis un mois malgré vos demandes réitérées, n’hésitez pas au bout de ce mois à -casser sa porte- » ? J’ajoute « Faites-le toujours en présence d’un tiers, et en ayant ce texte à la main » cela vous permettra de demander d’abord une rencontre « en présence d’un tiers », d’éviter un procès, et d’élargir le débat.

Ensuite il est indispensable d’aider l’UNAFAM à recruter beaucoup plus de familles pour qu’elles ne se sentent plus coupables. Dans l’UNAFAM les familles renforcent leurs compétences, s’entraident grâce à des groupes de paroles (ceux-ci peuvent aussi se tenir dans le cadre des espaces de soin du secteur accompagnés de deux soignants), à des échanges divers. Certes il y a un danger, mais s’il est bien repéré il peut être écarté : c’est que les familles aient envie de se transformer en thérapeutes, le soin se réduit toujours alors à l’éducatif et au comportemental ; l’éducatif a sa valeur, mais n’est pas le soin, lequel cherche à aider le patient à réaliser un changement psychique. Le danger est que la famille prenne de la distance avec sa qualité d’amour pour son proche en se voulant thérapeute, c’est une catastrophe. L’amour est la valeur forte de la famille !

Par contre il est essentiel que l’accroissement de l’UNAFAM soit parallèle à celui des usagers eux-mêmes dans le cadre de leurs associations d’usagers, fédérées dans la FNAPSY. Depuis 2001, date du pacte d’union de l’UNAFAM et de la FNAPSY, nous avons compris que l’UNAFAM perd toute légitimité dans sa représentation nationale si elle est seule (c’est hélas ce que nous constatons depuis janvier 2011 avec tristesse, là encore la souffrance, …). En effet personne ne peut plus parler à la place des usagers, ni les psychiatres, ni les familles.

Sur un plan plus concret et plus général un certain nombre de pistes sont importantes à travailler : toute la vie nous prouve que « l’homme ne vit pas seul », donc ce sont ses liens qui nous importent, et qui sont à développer (au lieu de tout le temps parler d’asepsie relationnelle comme si on était en chirurgie). On doit fuir tout ce qui est mise à part, isolement. La famille est le premier lien, elle est constitutive de sa vie, du début à la fin, famille d’origine, famille recomposée, famille construite par une nouvelle union, … avec en miroir les mots des soignants parlant de « constellation familiale » pour la famille élargie aux proches, et de « constellation transférentielle » pour parler de ceux qui ont des liens forts autour d’un malade et qui sont ses appuis évidents. Le travail de la psychiatrie avec la famille (ou son tenant lieu investi comme tel) de chaque patient est donc incontournable. Les soignants n’ont pourtant pas à intervenir dans le moment où la famille va (doit) prendre de la distance avec leur proche pour qu’il puisse continuer à se construire ; ils se contentent de souligner l’importance de cette élaboration entre famille et patient, et n’ont pas à fuir si elle est évoquée, ni à faire à leur place. Ils ont à développer avec la famille les mêmes formes de travail que celle qu’ils ont créée dans les structures de soin, appelée « psychothérapie institutionnelle », que celle qu’ils ont à créer avec les « acteurs sociaux » pour accompagner les patients dans leur exploration de la Cité.

Au total ce nouveau regard sur les liens des patients et de leur famille doit inciter les soignants à reconsidérer et réécrire tout l’héritage théorique de la psychiatrie pour y intégrer les liens familiaux (non pas de « thérapie familiale », mais de « travail avec les familles »). Il s’agit de replacer, ce qui n’a jamais été fait, le rôle de la famille comme inséparable et essentiel (avec ses limites : la limite qu’est son constant désir de maitrise, de contrôle, sa difficulté à concevoir que son enfant a des potentialités qui dépassent la maladie et qui ne sont pas connues, donc imprévisibles, ce qui montre la constante négociation à intégrer dans cette démarche).

Ainsi dans l’enseignement de tous les professionnels de la Santé Mentale l’implication directe du témoignage des familles est devenue incontournable.

Tout ceci nous permettra de parler autrement d’un « Plan Cadre pour la Santé Mentale ».

Certes nous comprenons que tant que les liens entre soignants et familles ne sont « pas humains » (et c’est la situation actuelle !) les familles « se révolteront » !!! Nous devons donc aborder le vécu actuel des professionnels de la psychiatrie pour essayer de les comprendre eux aussi. Nous allons le faire demain. Nous devons tous nous réunir pour négocier ce Plan, mais en prenant le temps suffisant pour l’appuyer sur un vrai débat national sur la folie.

Mais familles, soyons clairs : la contention, l’obligation, voire teintée de séduction, chacune d’entre vous a essayé tout cela en vain, et pendant des années ! Comment osez-vous nous faire croire que vous pensez que le service public va réussir avec les outils qui vous ont menées à l’échec ? L’obligation de soins n’est pas l’ouverture à un traitement, c’est une violence qui marque à vie lorsqu’elle est publique ! Infamante ! Le soin psychique a besoin d’abord d’humanité, ensuite de compétences, enfin de confiance mutuelle, donc de liberté. Il doit tenir compte d’abord de la méconnaissance qu’a le patient de ses troubles, et ne pas le considérer comme un délinquant, et lui faire avouer une maladie qu’il ignore.

Entretemps nous devons affirmer avec vigueur que la « politique de secteur » a apporté un progrès immense dans la psychiatrie, souligner que les critiques qui lui sont faites ne tiennent pas compte d’une réalité grave : la politique de secteur n’a pas été appliquée partout depuis 1990 parce que l’Etat n’a pas accompagné son application depuis, et a au contraire investi «d’autres logiques prioritaires : logique gestionnaire, et depuis 2007 logique de sécurité et du risque zéro qui sont antinomiques du soin psychique ».

Encore faut-il que les soignants sachent qu’ils ne seront crédibles aux yeux des familles que s’ils installent dans chaque secteur une disponibilité 24/24h, et que s’ils savent venir au domicile à chaque fois que nécessaire (après discussion). C’est possible, plusieurs équipes le font depuis 1982. …Et cela doit être le pacte de base fondant la politique de secteur.

Sinon, les familles retrouveront leur solitude et leurs souffrances.

Ce ne sont ici que quelques pistes, en quête « d’ouverture » et de dialogue. …

 

3- La souffrance des professionnels de la psychiatrie, la honte

 

07 Avril 2011 Edition : Contes de la folie ordinaire Docteur Guy Baillon Psychiatre des Hôpitaux

Cette souffrance est cachée, non dite, non exprimée. En effet en parler ce serait oser la présenter en rivale de la souffrance des familles et de celle des usagers. Les professionnels sont payés pour ce travail ! Qu’ils l’assument ! Eux l’ont choisi, pas les familles, ni les usagers. Cependant cette souffrance des professionnels existe, fait des ravages, d’autant plus qu’il n’est pas convenable de l’évoquer. C’est ce que j’appelle la « face cachée de la psychiatrie », une part du vécu intime qui s’y déploie, constamment. Il ne saurait être question de comparer, d’évaluer.

Comme dans toutes les grandes entreprises, Telecom, Toyota, etc., nous pouvons décrire le harcèlement, la souffrance au travail. Seulement survient en plus ici une « exigence intérieure » rôdant avec violence : ayant choisi de travailler autour de la vie psychique, nous touchons à une donnée partagée avec tous, mais par notre seul choix nous prétendons être les meilleurs, tout en nous situant comme hors d’atteinte nous-mêmes. Il faut le mettre à plat aujourd’hui car cette exigence atteint un niveau extrême.

Précisons d’abord que nous avons à affronter aujourd’hui deux niveaux dans cette souffrance : un niveau de base, constant, dû à des attaques internes, et un niveau conjoncturel en lien avec des attaques externes : l’Etat, les médias, Sarkozy, l’UNAFAM, la société.

1-La souffrance due aux attaques internes. Certes elle varie avec chacun, mais chacun y est confronté tôt ou tard, elle concerne toutes les catégories de soignants. C’est la rencontre avec la folie. Cette rencontre insidieuse survient au bout d’un certain temps d’exercice et lors des attaques externes réitérées. Qu’en est-il de notre propre folie ? Est-ce elle qui nous a poussés à ce choix ? Certes la psychanalyse et d’autres formes d’introspection aident certains à faire le ménage, il n’en est pas moins vrai que les chiffres de TS montrent que ces professions sont parmi les plus exposées. La pression ne vient pas de l’encadrement du soin, mais clairement de l’exigence interne que chacun ressent à tenir tête à cet affrontement personnel à la folie d’une part, et d’autre part à vouloir être efficace, donc à soigner de façon satisfaisante. Nous ne parlons pas assez de la douleur que vivent les soignants de ne pas arriver comme ils le souhaiteraient à guérir, à soulager les patients. L’exigence intérieure est là d’une rare cruauté, d’autant qu’il n’est pas facile d’en parler, qu’il n’est pas facile d’apprendre, qu’il n’est pas facile d’exprimer notre ignorance, notre incompréhension, notre vertige devant l’étendue du travail à accomplir pour acquérir une expérience fiable. L’inhibition, le doute, le masochisme sont présents à tous les carrefours nous permettant de nous défendre contre cette exigence, mais au prix de tant de reculs, de démissions, de peur des risques. Et alors c’est comme si nous étions bardés d’indifférence devant la souffrance des patients ; non ! il n’en est rien, elle est là. Osons avouer que la souffrance des familles dont les ressorts sont évidents, la blessure certes grave, nous parait peu de chose à côté de celle des patients qui elle se cache derrière tel symptôme, bien peu de chose à côté des énigmes des délires, des jouissances douloureuses des perversions, des conflits trop évidents des névroses. Alors en public on se barde de défenses, on fait comme si on savait et que l’on avait des secrets, en réalité on reste nu devant nos exigences internes. Peu à peu on se fait des amis qui acceptent de parler de tout cela : séminaires, réunions, supervisions, mais ils sont semés de pièges et de chausse-trapes mutuelles car nous ne sommes pas forcément accueillants entre nous. Combien de confidences avons-nous entendu de divers pro, psychiatres, psychologues, AS, éducateurs qui nous racontent comment ils ont étés « cassés » par leurs séniors dans telle ou telle grande association connue, dans tel ou tel service reconnu : leur désarroi n’y a pas été reçu ; cassés ils ont du choisir une autre filière, un autre métier ; les juniors entre eux ne sont pas forcément meilleurs ! Rien n’aide plus que les « sous-colle » petits groupes d’amis constitués au début des études et qui tiennent le coup (cela devrait être une obligation), mais on ne garde pas toujours la tête hors de l’eau pour autant. Ainsi nous nous constituons peu à peu une charge de culpabilité d’autant plus insupportable que nous pensons l’avoir cultivée nous-mêmes.

Quoique nous fassions cette interrogation persiste, subliminale dans le quotidien, lancinante, et violente dès que nous baissons la garde, prête à nous mettre à genoux lorsque surviennent les attaques externes. C’est ce qui se passe depuis quelques années :

2-Les attaques externes. Les plus violentes sont connues, les attaques incessantes de certains médias, puis surtout le discours du Président à la télévision le 2 décembre 2008 : la façon dont pour servir sa politique sécuritaire il s’est appuyé sur les données pseudo scientifiques en nommant un trouble psychique précis, comme si cette donnée scientifique lui était utile, sur des habitudes d’enfermement, en s’appuyant sur des données pronostiques qui sont diffusées sur ce trouble, enfin en utilisant les espaces des soin hospitaliers des vieux asiles que nous aurions du abandonner depuis longtemps et qu’il est heureux de pouvoir utiliser encore pour enfermer. Il a utilisé nos mots, nos espaces pour son projet politique, sans accorder le moindre intérêt au travail de soin développé en France depuis 50 ans ; il a tout annulé, en une phrase.

Le Président n’a pas seulement blessé les professionnels de la psychiatrie : il les a profondément humiliés, dévalorisés devant l’ensemble du pays avec l’intention de les détruire.

Ce qu’il faut préciser ici c’est que ceci survient alors que les professionnels de la psychiatrie étaient par des mesures successives devenus victimes de l’abandon de l’Etat, dans un double discours où la dimension positive de sa politique  (circulaire sur le secteur en 1960 et 1972, légalisation de la politique de secteur en 1985) était aussitôt battue en brèche par des mesures négatives bien plus fortes, et exprimant en réalité « l’abandon des professionnels par l’Etat ». Il faut rappeler les étapes majeures de cet abandon :-1) la séparation entre malades aigus centrés sur l’hôpital, et chroniques déplacés vers l’action sociale par la loi du 31-12-1970 qui a morcelé le secteur à peine né, en écartant le travail social de son action, et de ce fait l’a dévalorisé, -2) la décision de confier l’application de la politique de secteur en 1985 aux directeurs d’hôpitaux dont la fonction n’est pas de soigner, mais de gérer, -3) en 1990 la fermeture du Bureau de la psychiatrie au Ministère de la Santé qui veillait à l’application de la politique de secteur, et de la CMM (commission des maladies mentales) qui en poursuivait l’élaboration technique, pratique et théorique (ces fermetures ont provoqué l’anarchie dans l’application et des guerres locales sans merci), -4) aussitôt après, la psychiatrie a été livrée aux gestionnaires de la médecine sans tenir compte des spécificités de la psychiatrie de service public, elle a ainsi été écrasée progressivement par des évaluations et des enquêtes non adaptées à la psychiatrie de secteur, -5) enfin la loi de 1990 qui aurait du améliorer la loi de 1838, n’a fait que recentrer les soins sur l’hôpital, en diminuant le soin en ville qu’avait réalisé le secteur, à partir de là les hospitalisations ont augmenté sans cesse, surtout sous contrainte, laissant là les soins être écrasés par la logique sécuritaire, comme l’a démontré sans équivoque le Contrôleur des libertés, JM Delarue ces jours derniers.

Ces différentes mesures prouvaient progressivement que la politique de secteur n’avait à aucun moment été ni comprise, ni soutenue par l’Etat, en particulier autour de ses valeurs phare « la continuité des soins », la proximité des soins et l’appui sur le contexte relationnel.

 

Au total les professionnels de la psychiatrie constamment dévalorisés, obligés de se battre simultanément et en vain, à l’échelon national et à l’échelon local, empêtrés dans leur division syndicale pour les psychiatres, mis en déroute par la disparition du diplôme infirmier psy  pour les infirmiers, sans reconnaissance professionnelle solide par les autres professions, se sentent aujourd’hui sans repère solide, mais objets de toutes les critiques alors qu’ils n’ont eu aucune possibilité de modifier cette évolution ni de retrouver une cohérence politique qui permettrait d’appliquer cette psychiatrie, souvent accusés d’être à l’origine de l’inégalité des moyens alors qu’ils n’ont eu aucune prise sur les décisions des directeurs, et des régions ; les professionnels objets de critiques croisées, multiples se sont sentis en perte de confiance : ils voient avec effroi la dégradation progressive de leurs outils de travail ils ont la certitude d’avoir perdu la confiance de tous les membres de la société qui leur confient pourtant leurs malades. Cette perte de confiance vécue par les professionnels s’ajoute à l’abandon de  ce service public par l’Etat, à la condamnation par le Président de la République

 

Mais les répercussions dans les équipes sont inégales, la décompensation d’un responsable médical entraine une déflagration dans l’équipe dans la mesure où les membres de l’équipe ne sont pas armés pour travailler seuls ; la solitude de l’infirmier et des autres membres de l’équipe a de très lourdes conséquences sur lui-même et ensuite sur les patients. Elle les laisse démunis, sans arme, se mettant seuls en cause. Ils craquent, s’isolent.

Les conséquences sont l’émiettement des équipes, outil majeur du soin, dégradation des conditions nécessaires pour soigner, isolement de chacun. Les psychiatres partent vers le privé en raison des souffrances vécues dans le public, souffrances non exprimées, pas même après.

Tous les psychiatres ne vivent pas l’actualité ainsi : c’est le cas de certains psychiatres privés qui ont de toujours choisi la carrière de médecin privé. C’est le cas d’une grande partie des professeurs de psychiatrie (comme ceux qui ont dit dans Le Monde du 8 avril à quel point la nouvelle loi les satisfait) pour de simples raisons : ils sont déchargés eux-mêmes le plus souvent des hospitalisation sous contrainte, ils se sont déchargés aussi de toute responsabilité dans le service public, la plupart n’assume pas la charge contraignante d’un secteur ; enfin ils choisissent les malades qu’ils veulent bien soigner, et ne suivent que les situations faciles et gratifiantes. Ils ont tiré leur épingle du jeu, de plus ils jouent un rôle fondamental dans la multiplication des médicaments, et sont l’objet de la plus grande attention des laboratoires pharmaceutiques … cela oblige à se poser certains questions : ils sont 60 pour toute la France : combien de malades voient-ils ? Quelle expérience ont-ils du service public (seul objet de la loi) puisqu’ils ont choisi de ne pas le servir ? De que droit osent-t-ils juger ?

Pire ! Ces deux désaccords participent en plus à la dégradation de la confiance et du vécu du service public, c’est ce que n’ont pas compris les deux auteurs Du Monde du 8 avril.

N’oublions pas ce que vivent aujourd’hui beaucoup de jeunes soignants pour lesquels toutes ces difficultés se traduisent en termes de « peur » de la folie et des malades, les trouvant dangereux simplement parce que les anciens ne leur transmettent plus la formation clinique leur permettant de comprendre ceux qui souffrent.

 Quelles réponses proposer aux professionnels ?

 De façon générale : l’urgence est le rétablissement de la confiance envers ces professionnels : de la part du président de la République d’abord, des médias ensuite, des politiques enfin. Peut-être aussi celle des familles et celle des usagers ! Nous avons vu que cela dépendra d’abord du renversement d’attitude des psychiatres envers les familles : qu’ils aient envie d’écouter les familles, régulièrement.

La mise à l’écart totale de la loi soumise au vote, car aucun amendement (les signataires y croient à tord) ne peut l’améliorer en raison du climat d’insécurité et de peur du risque dans lequel elle a été inscrite. Ensuite des mesures concrètes : recrutement de psychiatres suffisants dans le service public après revalorisation de leur statut, diplôme infirmier en psychiatrie, planification des moyens, consolidation de l’édifice associant psychiatrie de secteur et loi 2005 de compensation sociale avec leur coordination. Rétablissement d’un Bureau de la Santé Mentale au Ministère, et de la Commission des Maladies Mentales permettant la continuité de l’élaboration et de l’application de la politique de secteur au niveau national.

 Confirmer des missions au service public :

Expliquer en termes simples à toute la population : la folie, la psychiatrie pour que celle-ci soit défaite et faite par tous’

Faire alliance avec les associations de famille et la fédération des associations d’usagers

Refonder la psychiatrie en écartant les classifications instrumentalisées des maladies mentales

Veiller à la renaissance de la formation initiale et permanente pour tous les soignants

Obtenir la mise en place de recherches par les équipes de terrain sur les liens sociaux

Epanouir en priorité la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et rendre sa connaissance obligatoire à tous les professionnels

Donner une place importante au travail avec la famille pour chaque patient

Travailler les notions de groupe, de collectif

Centrer le soin sur la ‘narrativité’, point essentiel du travail psychothérapique, la capacité et le goût de raconter, chacun, son histoire à l’autre, et d’écouter la sienne

En effet le travail psychothérapique est au cœur de la rencontre thérapeutique avec tout patient, là l’inconscient du patient est d’une extrême vigilance, exigeant du thérapeute une rigueur de tous les instants ; celle-ci ne s’acquiert qu’avec les années et qu’avec l’appui d’un travail collectif avec les autres soignants. Tout ce qui est extérieur à ces liens constitue des interférences venant compliquer, voire détruire l’échange. Les autres traitements (médicaments, éducation, physiologie) sont des appuis souvent indispensables, mais c’est la psychothérapie qui va leur donner leur place adéquate. Les différents membres de l’équipe de soin trouvent leur place là et établissent le support des liens avec les divers acteurs sociaux qui vont réaliser l’étape essentielle qu’est l’accompagnement social adapté. Les évènements de la vie de chacun vont donner sens à toute cette évolution, et à partir de là la capacité de choix de la personne renait peu à peu, à la vitesse propre à chacun.

Voici quelques pistes, seulement des pistes, à retravailler tous ensemble, tout au long de l’année qui vient…

La psychiatrie doit être défaite et faite par tous disaient nos anciens Gentils, Tosquelles et tant d’autres…

Encore faut-il que le politique ait la volonté de montrer son attachement à la justice sociale, et au lieu d’imposer la sécurité avec violence, décide de créer un climat de confiance mutuelle, et le calme, qui seul permet de soutenir les personnes en difficulté psychique, et … nous-mêmes en fait.

 4- La souffrance des usagers de la psychiatrie, l’indicible

In Mediapart 08 Avril 2011 Par Docteur Guy Baillon Psychiatre des Hôpitaux Edition : Contes de la folie ordinaire

De cette souffrance, j’avoue d’emblée mon ignorance. Totale. Je ne vais pas me permettre de croire que je peux l’imaginer. J’ai pu parler de la souffrance des parents et des amis de malades, j’ai pu parler de la souffrance des professionnels, car j’ai de celles-là une certaine expérience, mais là je m’arrête. La souffrance des usagers de la psychiatrie n’est pas une donnée objective, pourtant elle existe, elle est toute intérieure à chacun, et elle fait des ravages, au point de pousser certains à rechercher la mort pour la faire disparaitre.

Je ne vais pas tenter de parler à la place des patients, par contre il est important de leur demander de témoigner, quand ils peuvent. Déjà des écrits existent ici et là, allons à leur rencontre.

Mais ne nous méprenons pas : Ce témoignage est à distinguer de la recherche des troubles qui amène le psychiatre à proposer un diagnostic. Rappelons que le diagnostic est un acte thérapeutique. C’est la tentative que fait le psychiatre en accord avec son patient pour cerner une part de son fonctionnement psychique qui le met en difficulté ; l’hypothèse étant que travailler autour de ce fonctionnement va permettre au patient de se modifier et de retrouver toute sa lucidité sur sa pensée et ses actes.

La souffrance psychique ne saurait donc être assimilée à un trouble psychique, ni à sa description. Cela explique que j’ai rencontré des psychiatres qui ne supportent pas de parler de souffrance psychique, ceci tout simplement parce qu’ils n’y retrouvent pas la maitrise qu’ils ont l’habitude d’avoir dans la description des maladies. Dans le même temps ils ne peuvent nier que certains de leurs patients leur disent qu’ils souffrent, ou expriment des souffrances. Nous constatons de toute façon que ce terme met mal à l’aise les psychiatres, cela est dû aussi au fait que les malades (simplement des personnes) prennent la parole là et se montrent maitres de quelque chose alors que les psychiatres ont l’habitude de parler à la place des malades (ceux-ci méconnaissant leurs troubles).

Enfin un certain nombre de malades ne semblent pas souffrir ainsi certaines personnes dites psychotiques et à l’aise dans leur délire, voire se montrent très heureux comme les maniaco-dépressifs lors de leurs épisodes maniaques (pour dire que l’appellation « bi-polaire » voulue par les laboratoires est appauvrissant).

Je ne vais donc me permettre que quelques réflexions, et quelques pistes pour répondre.

 

Une grande difficulté que nous avons serait de vouloir connaitre la multiplicité des souffrances psychiques des patients. Une autre d’accepter de ne pas les comparer aux souffrances physiques, pourtant cela nous éclaire. Une souffrance psychique ne se rapporte pas à un trouble, comme le fait une souffrance physique à une lésion cutanée. De même la souffrance physique est en rapport avec un trouble immédiat, actuel. Une souffrance psychique va se manifester à distance de l’évènement auquel elle se rapporte, comme une mémoire, un souvenir alors qu’elle ne s’est pas exprimée sur-le-champ.

Les classifications habituelles de la médecine ne sont pas pertinentes ici.

Nous sommes en rapport avec la subjectivité de chacun, et pour autant la question fondamentale, qui rejoint la démarche thérapeutique, mais qui la déborde largement, c’est le besoin et la nécessité que cette souffrance soit écoutée. Elle constitue un appel, elle a besoin d’être partagée. Ecouter ce n’est pas chercher aussitôt une « solution », ni une « réponse ». Ainsi une souffrance qui suit une perte (d’un être cher, d’un idéal, d’un emploi, …) ne peut être réparée ; pas plus celle qui suit une blessure, un trauma, c’est le lent travail douloureux du deuil, qui va se faire à la vitesse de chacun.

Ceci est donc une indication majeure pour les souffrances qui sont apparemment sans explication. Ce qui est essentiel est le besoin qu’elle s’exprime, cette souffrance, et suffisamment. Qu’on puisse « la vivre ensemble ». Car chacun se reconstruit à partir d’elle.

Certes des récits de patients sont presqu’intolérables : certains délires exprimant les transformations du corps, non visibles. Mais aussi les récits de séjours en chambre d’isolement, de mises sous contention, d’injections sauvages non accompagnées de la moindre explication ! Il est impossible pour les soignants d’invoquer l’imagination délirante des patients qui tiennent ce récit. Il est pertinent et juste pour tous de mener à bien les sanctions qui sont justifiées. Mais auparavant l’important est la mise en place d’une « écoute », comme l’a souligné JM Delarue contrôleur des libertés : il est exceptionnel que ces patients ainsi malmenés (maltraités) demandent à s’exprimer. Ce n’est pas une écoute spéciale du type tribunal qu’il faudrait « instituer ». Certainement pas ! Ce qui importe c’est la banalité de l’écoute de la souffrance, soit dite, soit retenue et ne sachant pas s’exprimer. Que les soignants ne soient pas meurtris par cette invitation, cette démarche. Toute expression de souffrance lors d’un soin n’est pas accusation. Nombre de soins sont vécus avec douleur, ainsi les perceptions de transformation corporelle douloureuse accompagnant la prise de certains médicaments : le souci n’est pas aussitôt d’arrêter le médicament mais de suivre avec précision les plaintes, l’effet du médicament, d’en parler très régulièrement pour faire la part de la souffrance psychique qu’il faut partager, de celle qui accompagne normalement le médicament, et aussi les troubles secondaires qui signalent l’apparition de conséquences néfastes : troubles de l’appétit, obésité, troubles sexuels, …L’accompagnement doit être quotidien au début, à la fois individuel et collectif. De même les difficultés de la vie collective sont facteurs de souffrances lors des soins institutionnels, et l’on retrouve les mêmes difficultés de vécu que dans les familles, ou dans des groupes d’appartenance divers. Sachons que c’est pareil ! Ces souffrances-là, où qu’elles surviennent, ont besoin d’être écoutées, à la fois en particulier et en collectif. Cette écoute est constitutive du soin autant pour les médicaments, que pour les soins institutionnels. La question est plus complexe pour les soins psychothérapiques ; du fait de l’expérience des névroses que nous partageons tous et qui invite à protéger l’intimité, on risque de passer à côté des enjeux présents dans les troubles psychiques graves : pour ces personnes la souffrance est la perte de tout espace psychique intime. Cette écoute est constitutive de la vie sociale aussi. L’écoute permet de soutenir la personne pour qu’elle reconstruise « son intime ». De ce fait avec son accord nous cherchons dans le soin collectif et dans le lien avec la famille, comme dans le lien avec les acteurs sociaux proches, à partager ce qui soutient la personne dans sa construction psychique et qui justifie d’être reconnu comme une étape « visible » dans cette reconstruction, donc partageable. Cela parait difficile dans l’abstrait d’un discours, c’est tout simplement de l’humain que l’on permet d’advenir.

Je ne pourrai quitter ce terrain d’exploration aux côtés des usagers sans parler de l’expérience des GEM, les groupes d’entraide mutuelle (écartons d’un mot au passage ces personnes non malades qui mobilisées par leur générosité veulent faire un pas de plus et gérer les GEM, c’est le pas dangereux, avec des appellations complexes cachant leur désir de maitrise, pairs-aidants, médiateurs, ils vont agir, parler « à la place des usagers », c’est la ligne jaune à ne dépasser sous aucun prétexte ; cette ligne seule notre conscience la connait). L’expérience faite dans ces GEM touche à l’inouï ; elle va justement au-delà de l’indicible du titre de cet essai, elle montre que dans certaines conditions, à certains moments, de façon spontanée, dans le calme, des mots sont trouvés par les usagers pour parler simplement des choses les plus complexes : de la souffrance, des troubles, de la vie. Je pense que cela se produit là parce que le but du GEM n’est pas le traitement, n’est pas le mieux-être, n’est pas la démonstration, le but est autour de cette « entraide mutuelle tout à fait insaisissable » qui nait là, la plupart du temps, car cette entraide mutuelle s’enracine justement dans l’écoute simple, de l’autre, des autres ; et je confirme pour en avoir fait l’expérience que le fait d’être là à un moment (un passage) et d’être psychiatre ou d’être famille ne gêne pas, si nous sommes effacés, discrets, sans volonté d’efficacité. Je vous assure, les mots qui s’échangent là sont tout simplement une merveille. Ils touchent facilement au détour de l’échange à la poésie, à la philosophie, on pleure, on rit. C’est vrai que pour un GEM, l’accompagnement discret de quelques familles, soignants, acteurs sociaux permet de « tenir » l’objectif, sinon la jolie barque part à la dérive, car la mer qui est autour n’est pas sage, souvent véhémente, soit pour certains, soit pour l’esquif… la fait disparaitre. Là comme ailleurs la lassitude, la perte d’imagination, l’alcool, la drogue guettent et peuvent tout casser en un instant. Et bien ! l’expérience commence à prouver que c’est possible, que ça tient.

Et ce qui se découvre là à bas bruit c’est simplement le plaisir de la vie, plaisir saisi là un moment, et qui va donner le « pep’s » suffisant pour frapper à la porte d’autres rencontres.

Qu’il n’y ait pas de méprise : un GEM ne remplace pas les soins, ni l’aide sociale ; il est utile après eux. Ce sont les soins qui permettent l’accès du GEM, pour d’autres il est une voie d’accès aux soins.

Vous savez ! Je vais vous dire : s’il a fallu 50 ans pour que peu à peu des découvertes comme celle-là se fasse (celle-là avec l’appui de tous, le Ministère, MA Montchamp, les politiques, son administration, l’UNAFAM, la FNAPSY,  LA Croix Marine, et de nombreuses personnes « sans qualité »), et puisque nous fêtons cette année le 5ème anniversaire des GEM : Tous ces combats passés et à venir, je vous assure qu’ils valaient le coup.

Pour répondra à tant de difficultés je conclue sur la nécessité de tous soutenir la FNAPSY, fédération qui rassemble les associations d’usagers, fédération nationale d’associations trouvant leur identité dans la proximité de leurs adhérents. Car c’est auprès d’elle que l’on peut recevoir la « parole propre des usagers ». Elle est fragile car convoitée, l’Etat lui-même n’est pas toujours clair, les politiques la soutiennent, alors qu’une part de son administration ne cesse de lui tendre des pièges !

Enfin, puisque je l’apprends aujourd’hui, je salue la disparition de l’un des psychiatres passionnés qui a porté haut et fort tous ces combats autour d’une psychiatrie humaine, en particulier dans la période 1960-1990, Jean Ayme psychiatre, longtemps secrétaire du seul syndicat des psychiatres de cette période, le SPH, syndicat initiateur de « la politique de secteur », comme je salue les sans grade, les sans nom nous ayant quittés et qui en silence ont permis que cette découverte des GEM advienne au bout de ce long chemin.

Quelle que soit la sauvagerie de lois nouvelles votées par des ignorants, des découvertes sont faites et ne seront pas oubliées.

 

PS : vous l’avez constaté, le pari était fou : prendre notre temps, écouter, regarder les souffrances de tous les acteurs dans toutes leur diversité, comprendre leur part de vérité sur l’homme, loin de la pression des médias, de la pression des « responsables de tout poil, qui se croient seuls à l’être ! » : le résultat ici est bien modeste, à chacun de lui donner meilleure allure et consistance.

Commencer par parler de la souffrance des familles, du tabou de la souffrance des professionnels, de la souffrance trop connue et en fait mal connue des usagers, peut-il nous faire mieux découvrir la question de l’humain pour qu’elle soit toujours prioritaire, dans toutes nos actions, dominante, associant l’homme et l’humanité, le « je » et le « nous » ?

 

Quatre bombes à fragmentations mises dans la loi afin de détruire la psychiatrie

In Mediapart 10 Avril 2011 Par Docteur Guy Baillon Psychiatre des Hôpitaux Edition : Contes de la folie ordinaire

Ce sont les quatre idéologies cachées dans cette loi :1- le refus de prise en considération des besoins sociaux des patients, 2- l’urgence désignée comme seul symptôme, 3- l’obligation de soins comme seule réponse efficace, 4- le médicament comme seul soin fiable.

La loi une fois appliquée (ce qui semble impossible) va montrer peu à peu qu’elle est habitée par quatre idéologies dont l’effet va être progressif comme de vraies bombes à fragmentation détruisant d’abord les institutions puis s’acharnant sur chaque patient. Tableau apocalyptique ! Dites-vous ? Nous allons voir.

En ce beau samedi d’avril il ne fallait pas manquer la provocation des 39 à venir échanger sur la folie et la loi, près de la statue de Pinel devant l’hôpital de La Salpêtrière. C’est là que, non pas lui d’abord, mais un gardien du cul-de-basse-fosse de cet hôpital où les fous étaient enchainés et traités comme des bêtes sauvages, Pussin et sa compagne allaient, en enlevant leurs chaines, créer la première psychiatrie humaine. Ils allaient montrer de 1975 à 1980, Pinel les ayant rejoint, que « la folie totale n’existe pas, et que chez chaque personne troublée persiste une part de raison gardée ». La psychiatrie humaine, hors obligation, était née, et le soin par la parole reconnu comme premier soin, hors toute contention. C’est cette psychiatrie que les élus de la Nation veulent détruire aujourd’hui. Nous sommes donc en pleine absurdité.

Hervé Bokobza brillant animateur des débats des 39 me voyant arriver me demande de dire quelques mots sur l’actualité de la loi. J’avais encore à l’esprit les échanges du matin sur les articles de Médiapart, et les réactions des lecteurs étaient si pertinentes, si percutantes que j’ai eu aussitôt envie de les transmettre là. Il s’agissait de ces quatre « bombes », je les en remercie, car ceux qui entouraient Pinel ont apprécié leur pertinence. Voici ces quatre idéologies, bombes cachées dans la loi, démasquées ce matin.

La première est le refus de prendre en considération comme question de départ essentielle les besoins sociaux des personnes présentant des troubles psychiques graves. Pourtant ces besoins sont des besoins vitaux, ils sont donc primordiaux. Nous avons la chance en France que d’autres élus sous l’impulsion des familles et des usagers aient eu l’intelligence de promulguer la loi de 2005 sur l’accès aux soins et à l’égalité des chances pour les personnes en situation de handicap. Cette loi a ouvert le chemin pour proposer des compensations aux difficultés sociales en complément des soins, il faut maintenant l’appliquer. Par contre la loi actuelle sur la psychiatrie ne s’en préoccupe pas et croit pouvoir se limiter à un seul aspect celui appelé abusivement urgence.

Rappelons que Franco Basaglia (ce psychiatre italien novateur, si mal connu des français), lorsqu’il recevait un patient ne se mettait pas d’abord à la recherche de ses symptômes, avant il posait les questions suivantes : « Monsieur, avez-vous un logement ? Vos ressources sont-elles suffisantes ? Vos liens sociaux sont-ils solides ? ». Ensuite seulement il s’occupait de sa vie psychique. Il savait que s’il ne s’occupait pas des besoins sociaux d’abord, non seulement il bâtirait les soins sur du sable, mais de tels soins sans appui aggraveraient les troubles !

L’idéologie cachée dans la loi veille à écarter ces besoins sociaux, sachant qu’elle fait coup double dans l’unique intérêt de l’Etat actuel : elle fait de fortes économies en écartant tout recours à la solidarité nationale, et de plus elle fragilise encore les patients ayant des troubles psychiques graves en leur apportant les seules réponses psychiques, car elle en fait une « clientèle captive » des institutions de soin.

La seconde idéologie cachée est celle d’affirmer que « tout en psychiatrie serait urgence». Affirmation fausse qui permet de déplacer et concentrer toutes les réponses de soin en quelques lieux concentrés, et de donner des troubles « une représentation théâtrale dramatique ». Le tigre de papier des urgences met en scène pour les médias la prétendue dangerosité, mais évite de souligner que les troubles aigus qui apparaissent le plus souvent progressivement peuvent tout à fait être reconnus et soignés à temps avant d’exploser.

L’idéologie de la dramatisation de la folie permet au nom d’un danger fantasmatique d’opposer à la folie des armes lourdes aux conséquences inattendues. Non seulement celles-ci sont tout à fait disproportionnées à l’objectif, mais en dramatisant les rencontres elles les déforment, les aggravent, provoquent des interférences qui font perdre les raisons simples et relationnelles des souffrances psychiques et des troubles. La volonté de « tout monter en épingle comme urgence » provoque une escalade. Les acteurs se croient obligés (ils vont l’être dans la loi) de faire d’emblée un diagnostic, au lieu de chercher à établir la confiance, et d’imaginer sans délai un traitement, au lieu de permettre à la personne de commencer à s’intéresser à son psychisme, sous prétexte qu’il faut aller vite. Une telle démarche est fausse : l’outil essentiel des premières rencontres avec une telle personne c’est de prendre le temps suffisant pour que le calme et la confiance s’installent. Ceci est simple et facile à partir du moment où, avant l’arrivée de l’urgence, la disponibilité de l’équipe de secteur présente en ville hors hôpital 24/24h offre un recours à toute inquiétude, hors climat dramatique ; là, l’entourage de la personne participe à la création de ce climat, alors que dans toutes les urgences le premier réflexe est d’écarter familles et amis traités comme gêneurs alors qu’ils sont des appuis indispensables. Aux urgences on sort les armes lourdes diagnostic, traitement immédiats, orientation ailleurs le plus vite possible (alors que l’essentiel est de créer un « lien durable » s’appuyant sur la confiance, seul vecteur du soin psychique), et l’orientation la plus garante de tout risque sera la plus lourde et la plus fréquente : l’hospitalisation ; chaque acteur a « bravement et faussement », logique de la couverture tirée à soi).

L’idéologie de l’urgence, avec sa variante prônée par certains, l’intervention à domicile systématique (alors qu’il faut la débattre chaque fois), massacre la psychiatrie, en obligeant de choisir de préférence, par crainte du risque, les solutions les plus lourdes qui vont en réalité constituer des filières ségrégatives, comme le dénonce Roger Misés pour les enfants et adolescents, filières dont le patient isolé aura de plus en plus de mal à se dégager. Cette idéologie s’appuie sur la peur de la folie et la cultive. L’escalade que provoque l’urgence est la grande mystification imposée à la psychiatrie par cette idéologie.

Nous devons donc lui opposer cette pratique concrète simple, qui a donné ses preuves, et qui n’est pas une idéologie : la pratique de l’écoute de la personne, son accueil et celui de son environnement relationnel qui vont construire un espace où la personne retrouve sa liberté face aux pressions internes et externes qui l’assaillent. Ceci se déroule dans les espaces simples de l’équipe de secteur, sans armes lourdes, en dehors de tout hôpital. Cette disponibilité est l’un des fondamentaux de la politique de secteur.

La troisième idéologie cachée est constituée par les conséquences voulues mais masquées de « l’obligation de soins ». Les promoteurs de la loi n’ont pas expliqué clairement qu’ils nient par ce terme l’existence de la maladie mentale, ils la traitent comme une maladie physique (que chacun voit), ou comme un comportement délinquant (qu’il suffit de remettre en place). Les auteurs de cette loi en effet pensent qu’il suffit de désigner la maladie à la personne rétive pour qu’elle la reconnaisse, et qu’il suffit de la convaincre du bien fondé d’un traitement pour tout résoudre selon leur idéologie.

C’est très grave : cela veut dire qu’ils refusent le constat fait depuis Pinel que toute maladie psychique grave est centrée par un délire qui occupe une part de sa vie psychique, et que, fait central, la personne n’en a pas connaissance. Ce n’est pas un refus, ni un refoulement, c’est le point le plus complexe de la psychiatrie, c’est un déni : elle vit cette réalité délirante, mais ne sait pas que cette réalité est différente du monde que nous partageons avec l’autre partie d’elle même. L’idéologie masquée appelle ce fait de noms divers accumulés par des descriptions superficielles : agitation, excitation, angoisse, dépression grave, démence, violence, agressivité, etc., et à chaque fois elle fait le même constat : la personne pourtant allant très mal aux yeux de tout le monde « ne demande pas de soin, et à toute proposition pour la soigner répond qu’elle n’a pas besoin de soin », elle répond de la même façon malgré ce que l’on croit être une diversité de maladies et de troubles. C’est toujours en fait un seul trouble, le déni qui la fait réagir ainsi. Il y a une vraie unité et une constate dans cette attitude, les familles la connaissent bien. Le point central de la psychiatrie se trouve là. Et nous savons tous, soignants, familles, acteurs civils que la personne alors est insensible à toute explication, à tout raisonnement, et que même si une injection médicamenteuse arrête une agitation anxieuse (agitation interprétée sauvagement comme une violence, voire une agressivité lucide), le déni persiste. Ainsi « l’obligation de soin est un contre-sens clinique central » puisqu’elle heurte de plein fouet, elle refuse, elle écrase cette méconnaissance qui fait partie intégrante de la personnalité de ce malade. Elle va donc provoquer une escalade de défenses que cette idéologie appelle abusivement violences alors que la personne tente de « survivre », alors que la personne a besoin de confiance, de calme, de liberté. Il est tellement plus simple pour les idéologues du tout sécuritaire et du risque zéro de ne s’embarrasser d’aucune hésitation, d’aucune perte de temps, d’aucune dépense et de décider qu’il suffit de constater que les malades mentaux refusent de se soigner, et qu’on va donc les « obliger » à se soigner, c’est à dire à prendre des médicaments, dernière idéologie démasquée dans la loi.

La quatrième idéologie a été dévoilée par la maladresse de deux professeurs de psychiatrie (Le Monde.fr du 8 avril 2011) qui on déclaré naïvement qu’ils la trouvaient très bien cette loi, et qu’il ne fallait pas l’attaquer. En effet si nous nous penchons sur l’activité des professeurs qui se sont organisés pour travailler en dehors du service public de psychiatrie 60 (dont on peut écarter 20 pour les enfants et ado) pour 65 millions d’habitants et 1127 équipes de secteur et 4000 postes de praticien, on observe qu’ils veulent exercer « tranquillement » loin de l’agitation, donc très contents qu’une loi les débarrasse des cas « lourds » qui font du bruit dans leur service. Mais nous découvrons l’idéologie masquée : « les professeurs sont la cheville ouvrière des médicaments ». Ils sont la plate forme essentielle des « essais cliniques » dont ont besoin les laboratoires pharmaceutiques, d’autre part puisqu’ils ne sont pas sectorisés ils n’enseignent ni psychothérapie institutionnelle, ni psychothérapie, et se limitent aux seuls médicaments. Nous comprenons (autre réalité cachée de la loi) que le seul traitement qui pourra être utilisé dans les trois formes d’obligation de soins sera les médicaments : les seuls traitements que l’on peut désigner par leur assignement à tel ou tel symptôme, avec des doses qui sont précises, ce que vont s’efforcer d’avaliser les professeurs. L’obligation de soin va entrainer les laboratoires pharmaceutiques à régner en maitres absolus sur la psychiatrie, sans concurrence. Pourtant ce monopole va avoir un certain nombre de conséquences cachées : d’une part la plupart ont, à côté d’un effet connu, des « effets secondaires », plusieurs étant nocifs, et dont l’un des aspects les plus inquiétants est de ne se déclarer qu’après plusieurs années de prescription (obésité, diabète, hypertension, puis atteintes du cœur, de la rétine, etc.,), d’autre part ils pervertissent la pratique psychiatrique car ils s’attaquent aux seuls symptômes et considèrent l’humain comme un être végétatif que l’on traite comme tel (l’état végétatif est souvent le résultat obtenu), sans aboutir à aucun changement psychique profond, ne modifiant jamais un délire.

En même temps cette idéologie va aboutir à son autodestruction, car s’il est possible de préciser le nombre de molécules données, il n’existe aujourd’hui aucune certitude sur leur efficacité précise. Si bien que lorsque l’obligation de soins, et donc de prise ou d’injection de médicaments aura été prescrite, il n’existe aucune certitude ni clinique ni biologique de son degré d’efficacité ; de ce fait la logique de précaution devant le risque et le besoin de sécurité ne pourra empêcher l’escalade et les accidents qui ne tarderont pas à se multiplier. Comme cette logique de sécurité sera à la portée de tout un chacun (voisin, généraliste, famille, ou autre) pour signaler une éventuelle survenue ou aggravation de troubles, le recours à l’obligation de soins vérifiée et supplémentaire sous forme de médicament sera « obligée ». L’injection de neuroleptique, grâce, au besoin, à des « officiers de santé » musclés, saura mettre fin à toute résistance !

Les fameuses injections « retard » donneront tout confort aux … prescripteurs

Devant autant d’immédiateté, de célérité de réponse à tout symptôme tous les autres traitements seront invalidés : la psychothérapie trop lente et trop propre à chaque soignant.

Mais étonnant retournement des choses, devant les excès des médicaments, devant leur inefficacité sur la maladie mentale au long cours, devant leurs complications croissantes, les médicaments seront bientôt reconnus dans la population comme étant, à l’instar de ce qui se passe avec la psychiatrie dans tout pays totalitaire, une arme purement politique de mise à l’écart des opposants trop bruyants au régime. Et ceci sera dramatique aussi, la population n’aura plus confiance en eux, alors qu’ils sont indispensables : en effet les médicaments encadrés par un soin psychothérapique, prescrits avec un vrai sens clinique, associés à des soins institutionnels et physiologiques, sont dans un très grand nombre de cas un appoint essentiel permettant l’accès à la parole, aux échanges, sauvant régulièrement des vies.

Ce n’est pourtant pas sur ces bases que beaucoup de laboratoires pharmaceutiques ont lancé leurs recherches, ce n’est pas dans le but de jouer les entremetteurs avec des entreprises industrielles pharmaceutiques que les professeurs de psychiatrie ont choisi leur carrière, cependant nous connaissons le poids des « mises en place » et des « logiques majoritaires ou exclusives », elles « aliènent les hommes les plus normaux » qui ne peuvent plus se libérer de ces emprises tentaculaires. Nous connaissons de plus en plus l’infiltration par les logiques envahissantes comme celles de la sécurité, du risque zéro, de précaution, comme nous l’a montré le Contrôleur des espaces de restriction de liberté, JM Delarue.

Et pourtant dans le champ de la psychiatrie nous avons au moins quatre outils de base que chacun peut examiner, discuter, aménager, et qui ne sont donc pas des idéologies dogmatiques

1-l’essentiel qu’est « pour chacun de ceux qui rencontrent ces personnes la recherche en premier d’une attitude humaine », même dans les moments les plus difficiles

2-l’intérêt porté aux difficultés sociales et les réponses à chercher

3-la mise en place d’une disponibilité 24/24 h de soignants dans toute équipe de secteur, donc en proximité, elle permet avant tout soin, d’instaurer confiance et dialogue sans préalable

4-le soin de base qu’est « la psychothérapie », tout patient est en danger si elle n’est pas en première ligne du début à la fin des soins.

Dans l’immédiat nous avons deux objectifs à réaliser :

--en attendant l’abrogation de cette loi en 2012 nous avons toute une année pour expliquer aux élus sereinement, et sans passion la réalité de la folie et de la psychiatrie (nous avons constaté au fil de cette semaine au Café Picouly comme ce samedi à l’ombre de la statue de Pinel avec les 39, que les élus à droite comme à gauche restent sur des idées sur lesquelles ils se sont bloqués idéologiquement, sans admettre un instant de les discuter, le rapporteur de la loi ne parlant que de danger, un éminent représentant de la gauche défendant devant les 39 un grand laboratoire ne connaissant que médicaments et gênes, fondamental - ment. Les élus non seulement sont ignorants, mais sont pré-armés contre tout débat, comme l’opinion ?

--un grand travail pédagogique à l’échelle de la France (c’est possible si nous le commençons simultanément à l’échelle humaine de chaque secteur) sur la réalité des connaissances de la psychiatrie et de l’action sociale, et surtout sur la vraie réalité de la folie et sa reconnaissance comme une richesse de l’homme, nous amenant à parler de solidarités.

Ce fut un très rare samedi de printemps à Paris à l’ombre de Pussin (dont la statue manque encore) et des 39 qui nous ont permis d’aborder des questions aussi graves tout en étant dans la fête tout au long de la journée. Nous avons été émus de voir des usagers, des familles, des amis non vus depuis 10 ou 30 ans nous saluer, nous remercier, et tous se mettre à espérer.

 

Obliger à se soigner en 2011 quelqu’un qui méconnait ses troubles psychiques est un acte barbare.

 

18 Avril 2011 Par Docteur Guy Baillon Psychiatre des Hôpitaux Edition : Contes de la folie ordinaire

C’est en plus totalement « déloyal » ! Chacun de nous sait que ces personnes présentant des troubles psychiques graves sont « vulnérables », elles sont 15 fois plus souvent victimes de délits que le reste de la population, elles sont fragiles et ne « demandent rien ». Ce sont elles que le pouvoir choisit pour montrer à la France entière qu’il protège la société ! N’est-ce pas une tromperie de grande envergure qui doit nous faire honte à tous, alors que ces personnes fragiles, les seuls malades à méconnaitre leurs troubles, ont besoin d’une grande attention.

N’est-ce pas totalement inepte que de vouloir faire « avouer » à une personne une maladie qu’elle ne pense pas avoir ? En réalité une telle attitude est une véritable torture qui ne peut entrainer que révolte et résistance !

Nous croyons avoir compris le quiproquo qui s’est engagé entre le Président de la République et le Président de l’UNAFAM (au nom des familles choisissant de se rassembler en association) et les a réunis autour de cette loi. Le président de l’UNAFAM avait dénoncé, à juste titre, l’attitude de mise à distance que la majorité des psychiatres ont toujours eue à l’égard des familles, refusant de voir les familles seules afin, disent-ils, de protéger la fragilité des patients. Cette attitude est d’un autre temps, disent les familles, avec raison. Il faut en convaincre les psychiatres. Découragé le Président de l’UNAFAM a préféré expliquer au Président de la République qu’il suffisait qu’une famille rencontre le psychiatre du service public en l’absence de la personne malade pour que le traitement commence et que s’ouvre la voie de la guérison. Il a laissé entendre aussi qu’il suffit d’informer le psychiatrie pour que celui-ci « oblige » la personne à se soigner.

Mais c’est une erreur grossière, et les familles le savent, elles qui ont tout tenté pour que leur enfant se soigne, y compris toute sorte d’obligations, rien n’a marché.

Pour qu’une personne présentant de tels troubles, mais en ayant la méconnaissance, envisage de se soigner il faut déployer envers elle une attitude humaine et une expérience du soin permettant d’obtenir sa confiance et l’aider à s’intéresser à son fonctionnement psychique.

Il faut engager autour d’elle, avec le concours de tous les acteurs, y compris la famille, un travail minutieux que nous allons décrire ici.

Ce travail n’est pas nouveau, il a été mis en place depuis les années 80 dans diverses équipes de secteur, mais son développement a été stoppé comme d’autres initiatives par le coup d’arrêt donné à l’évolution de la psychiatrie de secteur par le gouvernement en place en 1990 avec une série de mesures simultanées (fermeture du Bureau de la Psychiatrie au Ministère et de la Commission des Maladies Mentales, loi de 1990 visant à renforcer l’hôpital au détriment du secteur, début des évaluations comptables qui sont un contresens en psychiatrie pour laquelle seule est pertinente l’évaluation qualitative).

L’accessibilité aux soins pour une personne présentant des troubles psychiques graves, et qui par définition n’en est pas consciente se déroule ainsi :

-à la demande d’un membre de l’entourage (cela est facilité si celui-ci a de bonnes relations avec elle), l’équipe du secteur est contactée

-ce contact peut se faire de différentes façons, à chaque fois l’équipe trouve une réponse adaptée et va établir une première rencontre avec la personne ; d’emblée deux membres de l’équipe vont commencer à établir « la confiance » ; ils vont le faire en prenant appui sur les diverses difficultés que rencontre la personne dans sa vie quotidienne actuelle

-les mieux placés dans l’équipe sont les infirmiers psychiatriques, car ils échappent à la symbolique décisionnelle qui pèse sur les psychiatres

-ces infirmiers vont faire le point avec la personne et proposer de nouvelles rencontres dans la même semaine ; ils montrent qu’un soulagement peut être apporté par des entretiens répétés qui commencent à mobiliser de façon différente la personne, au besoin en associant un médicament pour retrouver le sommeil ou diminuer l’angoisse, jamais un traitement intensif qui interromprait l’échange et noierait la confiance

-en quelques jours un lien se tisse ; en quelques semaines ce lien se consolide, s’enrichit de différentes découvertes sur la vie de la personne qui commence à s’intéresser à son fonctionnement psychique (elle en était à cent lieues la période précédente). Un temps plus tard si c’est nécessaire (entretemps des difficultés mineures se sont dénouées, et la personne a repris seule contact avec son médecin habituel, ou a retrouvé l’initiative d’un lien social qui la réassure suffisamment) elle commence à se dire qu’un traitement plus approfondi comme le lui évoquent les infirmiers et le psychiatre qui les a rejoint, peut lui être utile.

Dès ce moment, la partie est gagnée (après la fragilité du début) : le « lien psychothérapique » s’est installé.

Mais nous avons compris que cela ne se construit qu’à plusieurs conditions : -un temps suffisant est nécessaire (certes c’est plus simple lorsque les troubles ne sont pas encore aigus, mais toutes les situations sont prises en compte), -la confiance est le terreau incontournable de ce travail progressif, -cette confiance n’est possible que si ce sont les mêmes acteurs (les mêmes soignants et psychiatre) qui tout au long de cette étape préalable aux soins revoient régulièrement la personne (ainsi les salles d’urgence où se succèdent 5 à 15 personnes en 24h sont très nocives), -ce travail préalable doit se continuer avec les soignants de la même équipe de secteur pour commencer les soins.

En effet pour que ce travail préalable aboutisse à son terme, c’est-à-dire à l’engagement dans un soin, il est nécessaire aussi que les membres de ce petit groupe initial appartiennent à la même équipe de secteur qui va réaliser le soin (sinon la défiance remplace la confiance et détruit les liens, la personne ne peut faire le deuil des premiers soignants qui se sont si bien occupés d’elle, et refuse de prendre contact avec les nouveaux soignants).

Ce moment charnière nous l’appelons « passage » entre deux étapes du soin. Il est essentiel de veiller à sa qualité. Tout au long de ces étapes le lien avec la famille et l’entourage est constant, c’est d’autant plus important que la personne les retrouve entre chaque entretien ; nous sommes à chaque fois étonnés de leurs ressources affectives et relationnelles qui facilitent de différentes façons cet accès aux soins.

Pourquoi ce cheminement est-il nécessaire et pourquoi le Président de l’UNAFAM qui le connait ne le souhaite pas ?

C’est nécessaire parce que tout en étant très fragile la personne tient avec la plus grande force à la réalité sur laquelle elle se soutient : son délire. La difficulté réside dans le fait qu’elle n’a pas conscience qu’elle délire. Ce délire se manifeste de diverses façons : angoisse, agitation, agressivité, retrait massif, discours incohérent, … qui poussent à employer le mauvais terme d’urgence (pourquoi est-il mauvais ? Parce qu’il « dramatise », et que ce climat de drame nous éloigne à chaque pas de la naissance de la confiance et donc du soin). Il est donc indispensable, si on veut éviter d’aggraver les troubles, de respecter ce délire, de l’écouter (au lieu de se fixer sur les symptômes que nous venons d’évoquer et qui le cachent). Surtout on ne va pas se contenter de l’écouter (cette écoute sera le fil de la psychothérapie), on va se montrer attentif à tout le reste de la vie de la personne, souvent bien malmené, oublié : l’état physique, les troubles médicaux toujours présents (et auxquels la personne est indifférente), et les diverses difficultés sociales ; il est indispensable de s’en préoccuper en même temps, ce qui participe à la construction des liens et de la confiance. L’essentiel est donc de respecter le délire et de construire les liens de confiance de qualité en s’appuyant non seulement sur l’attention à son fonctionnement psychique mais aussi sur les autres difficultés de la personne.

Cette modalité d’accès aux soins psychiques s’est construite depuis les années 80 dans un certain nombre d’équipes, mais ne s’est pas prolongée dans les autres pour les raisons « politiques » évoquées plus haut (dues à l’ignorance du Ministère de la Santé à l’égard de la psychiatrie dans les années 90). La mise à mal du Service Public de Psychiatrie a été dramatiquement aggravée par le discours du Président de la République du 2 décembre 2008, par le rapport Couty, enfin par le projet de loi actuel qui est sous-tendu par une défiance de la psychiatrie et nous venons de le préciser par une volonté d’ignorer la réalité des troubles psychiques (ce que nous appelons la « psychopathologie »). Au lieu de reconnaitre que ces personnes sont malades cette loi présuppose qu’il s’agit de « délinquants qui refusent d’avouer la vérité de leur maladie ! » quelle confusion ! alors que du fait de leur déni cela leur est strictement impossible. On laisse croire à la société qu’il suffit de les maltraiter, de les menacer, pour qu’ils « avouent » et qu’ils acceptent de prendre des médicaments ;  certes à force de doses augmentées ils vont se montrer « gentils comme des agneaux », et accepter n’importe quoi, sans pour autant que leur délire soit modifié. A ce propos il est indispensable de démystifier en quelques mots la polémique autour des médicaments. Ils sont indispensables tout au long des traitements psychiques, mais seuls ils réduisent la psychiatrie à une pratique vétérinaire ; pour être efficaces (au lieu d’être absurdes) il est indispensable qu’ils soient encadrés par la psychothérapie, qui seule maintient l’humain au dessus de la biologie (dont elle est inséparable). Et le pire est dans la loi : elle réduit les traitements à la seule chimie !

Pourquoi le Président de l’UNAFAM ne souhaite pas prendre tout ceci en compte ? Parce qu’en tant que Président il doit prendre des décisions « politiques ». Nous savons qu’il a longtemps cru que les psychiatres, qui selon lui font un travail complexe, qu’il estime, changeraient d’attitude et se mettraient à l’écoute des familles, ses appels ayant commencé dès 2001. Il a dû constater que les psychiatres ne changeaient pas. Il a vu que le Président de la République avait une vision autoritaire de la réalité. Il lui adonné son accord. C’est bien regrettable pour tout le monde, et le plus étonnant c’est que les psychiatres lui en veulent mais ne sont pas prêts à se remettre tous en question et convenir que la demande des familles, d’être régulièrement reçues par eux, est tout à fait pertinente.

L’UNAFAM poursuit son chemin en publiant seule en janvier un plan de prévention. Ce plan voudrait mettre les familles en sentinelle dans toute la société, ce qui n’a pas de sens, n’étant pas thérapeutes ; de plus il ne prend pas en compte le fait que la moitié des patients n’ont pas de famille active, et ne s’interroge sur le devenir de ceux-ci. De ce fait elle brise son union avec les usagers, la FNAPSY. Sans cette union les familles perdent leur légitimité de revendication nationale, elles deviennent les rivales des usagers ! Absurde ! Depuis, la FNAPSY est en grande difficulté car elle rassemble des personnes vulnérables, et seule !

Au total alors qu’un projet sur la psychiatrie ne peut se construire que sur la convergence de tous les acteurs, la loi actuelle provoque les divisions entre eux, détruit 50 années de psychiatrie moderne remarquable, fait régresser sa pratique à une dimension répressive qu’elle n’avait pas, même avec la loi de 1838 !

Ces Présidents sont-ils conscients du résultat qui les attend ? Ont-ils compris comme on ne cesse de leur dire que cette loi est inapplicable ? Que vont devenir les patients dans cette époque troublée qui s’annonce ?

Alors que la France a construit le meilleur édifice qui soit pour l’avenir de la psychiatrie : « l’alliance des soins modernes et humains grâce à la politique de secteur, avec les appuis sociaux rendus possibles par la loi de 2005 sur le handicap psychique, et la prévention sur ces deux champs ».

Pourquoi le politique, des Présidents aux élus, ne sont-ils pas avec la folie à l’écoute de l’humain dans son double aspect personnel et collectif, invitant à une solidarité nationale ?

 

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